Viva la conformité

Rien de mieux qu’une bonne médication pour atteindre un état d’ataraxie paradoxal afin de supprimer toutes envies d’être ce que nous sommes. Il est tellement apeurant de prendre le chemin de notre cœur, qu’il est préférable pour un bien commun de la société, de faire sa place en symbiose avec celle-ci. Il est conseillé de suivre l’ordonnance prescrite, celle de vivre la compétition et le massacre intellectuel de sa propre liberté. Il vaut mieux continuer dans la mauvaise direction que de prendre le risque de devenir heureux. Par chance, il n’y a pas que les athlètes qui peuvent se procurer des drogues afin d’obtenir gloire et reconnaissance. Depuis plusieurs années, le commun des mortels peut se droguer allègrement de façon légale, afin de taire son envie d’allez vers ses rêves et par conséquent, trouver sa place parmi ses semblables.

Heureusement, je vous annonce qu’il n’est pas obligatoire de mourir d’une overdose d’arrêt de travail et de dévalorisation de soi. À moins bien sûr, que vous trouviez votre compte dans la consommation matérielle afin d’anéantir votre ennui et du même coup, vous trouver une raison de gravir le plus d’échelons possible dans votre travail qui tue peu à peu ce que vous êtes.

Un matin, je suis tombé face à un trou complètement sombre. Je ne savais pas quelle était sa profondeur et ce qu’il se trouvait au fond. À ses côtés, une pancarte plantée par la main de l’homme s’y trouvait. Il y était inscrit de beaux mots angoissants d’une virulente douleur post-apocalyptique: « Danger de mort subite ». Mon cœur m’a dit : « Allez plonges, je sais que tu en as envie, il y a tout se que tu rêves dans ce trou! ».  Mais, je me suis dit que si quelqu’un avait posé une pancarte, c’est que c’était dangereux.

Bien savez-vous quoi, j’ai plongé dans ce trou il y a une semaine et j’y tombe encore, entouré de noirceur. J’aime mieux risquer de fracasser tous les os de mon corps au fond de ce soi-disant trou, qui est peut-être seulement une illusion, que de prendre le trou que la société me dicte.

Bref, suivez votre cœur.

La quête de mon existence

C’est sans hésiter que les mots me manquent pour décrire la palpitante aventure existentielle d’un bon citoyen nord-américain qui me perturbe depuis le sensationnel et tendre solstice d’hiver qui fait rage dans la pénombre de ce mois de décembre.

Vous l’aurez deviné, je suis à la recherche d’un nouveau véhicule. Vu mon âge honorable de 36 ans, le fait de m’être moi-même fait arnaquer à l’achat du carrosse de rêve pour les Manon, Collette et Ginette de ce monde, me hante depuis cette époque ou j’étais naïf.

C’est à bord de mon commun Kia Soul de couleur blanc nordique doté de la contagieuse question : « Pourquoi t’as acheté ça !? », que je réponds : « Oui, mais il est pratique, ça loge… » que les gens me jugent en silence en me fessaient l’offrande de rester amis avec moi.

Mais aujourd’hui, j’ai une nouvelle quête, une nouvelle raison de vivre! La Golf GTI édition Rabbit ornée de bancs de couleur « Clark » fessant couler des larmes de joie le long de mon visage souriant de bonheur face au désennui de la vie occidentale que cette voiture me procure.

Je me vois déjà conduire cet objet de rêve et de réussite afin de retrouver les cinq dernières années perdues confinées dans la boîte rectangulaire que j’ai achetée de plein gré après avoir succombé au charme de trois hamsters festoyant dans un véhicule de dames d’un certain âge.

Je finis mon succulent espresso puis j’empoigne tel un mâle alpha le fessier de ma concubine, lui verbalisant du même coup la chance qu’elle a, car aujourd’hui, elle a l’honneur de m’accompagner dans la croisade épique de l’achat du bolide qui me fera retrouver mon âme perdue dans le fin fond de la honte sidérale.

Arrivés chez le concessionnaire, nous nous assoyons. Le vendeur nous sourit avec sa belle bouche couverte de pétrogel afin de mieux embrasser le sphincter de ses victimes. Donnez-moi le prix de cet emblème allemand s.v.p. lui dis-je. 47 000 $ tout compris mon cher ami me chanta-t-il doucement à l’oreille. Je tombe donc K.O au sol, ma vie se défile devant moi, je m’éteins. Tout en m’offrant un breuvage gratuit, car on le sait très bien, se faire donner une bouteille d’eau contre l’achat d’une voiture de 47 000$ est équitable et plein de bon sens, il me répond avec empathie : « Cher monsieur, je peux échelonner les paiements sur 7 belles années, pensez à ce bel investissement. ».

« Sais-tu quoi, je vais garder ma soul finalement! »

Ah, le temps des fêtes!

Noël approche à grands pas, mes idées passent du négatif au positif telle une courbe sinusoïdale d’une fréquence de 50 hertz.

J’ai hâte de déballer mon cadeau précieusement acheté par un consommateur averti et responsable, se déculpabilisant ainsi de toute surconsommation de produits inutiles, prétextant qu’il fait sa contribution en évitant d’utiliser sa voiture pour aller au centre commercial.

De toute façon, il n’est plus la mode de se piler sur la tête afin d’accéder aux précieux rabais du temps des fêtes.

D’un seul clic, il est beaucoup plus facile de passer sa commande au Père-Noël asiatique, pour qu’il puisse donner l’ordre à ses amis lutins gagnant 5 pièces par ans de venir livrer nos plus beaux rêves à l’aide de son bateau mal entretenu déversant par le fait même, des milliers de centaines de litres de carburant fossile dans notre écosystème salé, que de donner de l’amour à ses proches.

Peu importe.

Mon désir de déballer avec joie, fébrilité et empressement ce paquet contenant probablement un objet que je disposerai dans les vidanges dès que mon engouement reviendra fade devant la vie, est de toute l’année la plus immense que je puisse vivre dans mon cœur.

Je déballe, ark, Bernard, c’est quoi l’idée de m’avoir acheté ça!

Liberté

Bonjour à vous, voici le premier texte que j’ai mis sur le blog. Il est maintenant sous forme de chanson. Bonne écoute!

La vague du bateau du riche éclabousse le pauvre sur le bord de la rive.

La victimisation de la perception des classes laisse l’opportunité

à nos attentes de nous riveter sur place.

Pendant que nos objectifs s’éloignent tranquillement de nous,

le désire de plaire et de réussir pour les autres nous engouffre

à l’aveuglette vers la sensation d’une fausse liberté

qui nous rassure.

Bref, le fait d’être recouvert de matière fécale devient confortable

lorsque les gens autour de nous le sont aussi.

Pourtant, pauvre ou riche, il n’y a pas d’importance. 

As-tu pris une douche, voilà la vraie question.

Histoire de sucre

Je n’en peux plus, je plonge la main dans ce petit sac fait à base de pétrole auquel je n’y voie aucun signe des flèches formant un triangle signifiant que le simple fait de le déposer dans le bac approprié fait de moi un héros environnemental.

J’en ressors avec rudesse et émotivité une poignée de douces friandises composées d’huile de palme, de tissus conjonctifs de porc, de sirop de glucose et d’éblouissante tartrazine provoquant le plus grand coït visuel de tous les temps. Le tout créé selon l’art de la chimie industrielle de l’ère moderne. Je porte à ma bouche ces jubilants calmants d’émotions refoulées à la même vitesse qu’un toboggan soutenant une famille hétéroclite du 21e siècle fauchant le Bonhomme lors des festivités du Carnaval de Québec.

Je m’empiffre tel un ignoble sarfe vivant seul au monde. Quand vais-je donc arrêter de manger ces délicieuses bouchées de bonheur temporaire fabriquées par des travailleurs assidus vérifiant avec amour la qualité de chacun de ses petits plaisirs faits à la chaîne mécaniquement dans un environnement aseptisé selon les normes sanitaires en vigueur.

Je continue pelletée après pelletée à m’engouffrer. Ça y est, j’ai mal au cœur. Je vous laisse, je vais me coucher.

Tous est dans la danse

Je danse comme un champion de bowling lorsque je voudrais être un champion de mini putt. Je suis brisé. Mon rêve n’est plus, ce rêve que je consomme dans mon crâne depuis plus de deux longues semaines remplies d’émotions virales dignes d’un téléthon bidon pour amasser des fonds afin de payer des célébrités qui se caressent le compte en banque en souriant de leurs plus belles dents taillées à la perfection par le chirurgien-dentiste du coin.

J’ai un rêve, celui de gagner un concours de danse amateur qui se déroule à la taverne du village. Je me vois déjà dans mon habit brodé de scintillantes paillettes dorées reflétant les lumières braquées sur mes mouvements les plus beaux les uns que les autres. J’ai déjà fait un coin dans mon salon pour y déposer le trophée que je vais gagner. Je vais pouvoir contempler jour après jour cette statuette qui sera l’aboutissement de la persévérance acharnée auquelle je travaille depuis plus de deux semaines.

Mais aujourd’hui, je suis brisé, car c’est Diane qui a remporté le prix, mon prix, toute ma vie en quelque sorte. Je regarde le coin de mon salon, mes yeux vides se braquent sur l’hôtel que j’avais préparé avec tant de douceur, de joie et d’espoir. En essuyant les larmes chaudes glissant sur mon visage et fessant partie de la quatrième étape du deuil, je me ressaisis. J’ai perdu cette bataille, mais je n’ai pas perdu la guerre. Oh, Diane, sache que je ne suis pas né de la dernière pluie.

Au prochain concours, je vais m’y prendre un bon trois semaines à l’avance.

 

Novembre

 

Je me réveille virulent d’émotions, géosynclinal, un grisonnant matin de novembre.

Enfin, le manque de luminosité diminue toutes espoirs de poursuivre la recherche du bonheur. Mélancolie au rendez-vous, je peux enfin faire jouer en boucle la douce et chaleureuse chanson « Only time » de Enya. Chanson fétiche des amoureux de la tristesse, de la déception et de la dépression passagère, je ne peux être plus heureux de revêtir mon masque d’âme tourmentée que je pourrai vautrer partout où je vais en appuyant le fait que la faute de mon sort appartient à ce maléfique mois de novembre.

Mes lèvres amoureuses l’une de l’autre fredonnent avec gaieté, amour et joie cette chanson, celle qui a fait couler des milliers de litres de chagrin durant le visionnement de la vidéo cassette du flamboyant film « Doux novembre ». En m’abreuvant de ma première gorgée d’un savoureux expresso recouvert d’une somptueuse « Bella crema », j’entrouvre les rideaux du salon. Par malheur, j’aperçois que mes voisins ont déjà commencé à décorer en l’honneur de la fête du petit Jésus. La puanteur du bonheur entre à tombereau ouvert dans mes yeux tel un train de banlieue s’accostant à la gare Centrale de Montréal.

Voyant qu’il est maintenant légal aux yeux des autres de commencer à festoyer la magie des fêtes, au diable la dépression ! Je m’empresse de ranger ma précieuse vidéo cassette que je finirai de regarder avec chagrin l’an prochain, puis j’accoure m’habiller pour fêter la venue des soldes du temps des fêtes.

Je suis rassuré, le sauveur est né.