La quête de mon existence

C’est sans hésiter que les mots me manquent pour décrire la palpitante aventure existentielle d’un bon citoyen nord-américain qui me perturbe depuis le sensationnel et tendre solstice d’hiver qui fait rage dans la pénombre de ce mois de décembre.

Vous l’aurez deviné, je suis à la recherche d’un nouveau véhicule. Vu mon âge honorable de 36 ans, le fait de m’être moi-même fait arnaquer à l’achat du carrosse de rêve pour les Manon, Collette et Ginette de ce monde, me hante depuis cette époque ou j’étais naïf.

C’est à bord de mon commun Kia Soul de couleur blanc nordique doté de la contagieuse question : « Pourquoi t’as acheté ça !? », que je réponds : « Oui, mais il est pratique, ça loge… » que les gens me jugent en silence en me fessaient l’offrande de rester amis avec moi.

Mais aujourd’hui, j’ai une nouvelle quête, une nouvelle raison de vivre! La Golf GTI édition Rabbit ornée de bancs de couleur « Clark » fessant couler des larmes de joie le long de mon visage souriant de bonheur face au désennui de la vie occidentale que cette voiture me procure.

Je me vois déjà conduire cet objet de rêve et de réussite afin de retrouver les cinq dernières années perdues confinées dans la boîte rectangulaire que j’ai achetée de plein gré après avoir succombé au charme de trois hamsters festoyant dans un véhicule de dames d’un certain âge.

Je finis mon succulent espresso puis j’empoigne tel un mâle alpha le fessier de ma concubine, lui verbalisant du même coup la chance qu’elle a, car aujourd’hui, elle a l’honneur de m’accompagner dans la croisade épique de l’achat du bolide qui me fera retrouver mon âme perdue dans le fin fond de la honte sidérale.

Arrivés chez le concessionnaire, nous nous assoyons. Le vendeur nous sourit avec sa belle bouche couverte de pétrogel afin de mieux embrasser le sphincter de ses victimes. Donnez-moi le prix de cet emblème allemand s.v.p. lui dis-je. 47 000 $ tout compris mon cher ami me chanta-t-il doucement à l’oreille. Je tombe donc K.O au sol, ma vie se défile devant moi, je m’éteins. Tout en m’offrant un breuvage gratuit, car on le sait très bien, se faire donner une bouteille d’eau contre l’achat d’une voiture de 47 000$ est équitable et plein de bon sens, il me répond avec empathie : « Cher monsieur, je peux échelonner les paiements sur 7 belles années, pensez à ce bel investissement. ».

« Sais-tu quoi, je vais garder ma soul finalement! »

Tous est dans la danse

Je danse comme un champion de bowling lorsque je voudrais être un champion de mini putt. Je suis brisé. Mon rêve n’est plus, ce rêve que je consomme dans mon crâne depuis plus de deux longues semaines remplies d’émotions virales dignes d’un téléthon bidon pour amasser des fonds afin de payer des célébrités qui se caressent le compte en banque en souriant de leurs plus belles dents taillées à la perfection par le chirurgien-dentiste du coin.

J’ai un rêve, celui de gagner un concours de danse amateur qui se déroule à la taverne du village. Je me vois déjà dans mon habit brodé de scintillantes paillettes dorées reflétant les lumières braquées sur mes mouvements les plus beaux les uns que les autres. J’ai déjà fait un coin dans mon salon pour y déposer le trophée que je vais gagner. Je vais pouvoir contempler jour après jour cette statuette qui sera l’aboutissement de la persévérance acharnée auquelle je travaille depuis plus de deux semaines.

Mais aujourd’hui, je suis brisé, car c’est Diane qui a remporté le prix, mon prix, toute ma vie en quelque sorte. Je regarde le coin de mon salon, mes yeux vides se braquent sur l’hôtel que j’avais préparé avec tant de douceur, de joie et d’espoir. En essuyant les larmes chaudes glissant sur mon visage et fessant partie de la quatrième étape du deuil, je me ressaisis. J’ai perdu cette bataille, mais je n’ai pas perdu la guerre. Oh, Diane, sache que je ne suis pas né de la dernière pluie.

Au prochain concours, je vais m’y prendre un bon trois semaines à l’avance.