Viva la conformité

Rien de mieux qu’une bonne médication pour atteindre un état d’ataraxie paradoxal afin de supprimer toutes envies d’être ce que nous sommes. Il est tellement apeurant de prendre le chemin de notre cœur, qu’il est préférable pour un bien commun de la société, de faire sa place en symbiose avec celle-ci. Il est conseillé de suivre l’ordonnance prescrite, celle de vivre la compétition et le massacre intellectuel de sa propre liberté. Il vaut mieux continuer dans la mauvaise direction que de prendre le risque de devenir heureux. Par chance, il n’y a pas que les athlètes qui peuvent se procurer des drogues afin d’obtenir gloire et reconnaissance. Depuis plusieurs années, le commun des mortels peut se droguer allègrement de façon légale, afin de taire son envie d’allez vers ses rêves et par conséquent, trouver sa place parmi ses semblables.

Heureusement, je vous annonce qu’il n’est pas obligatoire de mourir d’une overdose d’arrêt de travail et de dévalorisation de soi. À moins bien sûr, que vous trouviez votre compte dans la consommation matérielle afin d’anéantir votre ennui et du même coup, vous trouver une raison de gravir le plus d’échelons possible dans votre travail qui tue peu à peu ce que vous êtes.

Un matin, je suis tombé face à un trou complètement sombre. Je ne savais pas quelle était sa profondeur et ce qu’il se trouvait au fond. À ses côtés, une pancarte plantée par la main de l’homme s’y trouvait. Il y était inscrit de beaux mots angoissants d’une virulente douleur post-apocalyptique: « Danger de mort subite ». Mon cœur m’a dit : « Allez plonges, je sais que tu en as envie, il y a tout se que tu rêves dans ce trou! ».  Mais, je me suis dit que si quelqu’un avait posé une pancarte, c’est que c’était dangereux.

Bien savez-vous quoi, j’ai plongé dans ce trou il y a une semaine et j’y tombe encore, entouré de noirceur. J’aime mieux risquer de fracasser tous les os de mon corps au fond de ce soi-disant trou, qui est peut-être seulement une illusion, que de prendre le trou que la société me dicte.

Bref, suivez votre cœur.

Histoire de sucre

Je n’en peux plus, je plonge la main dans ce petit sac fait à base de pétrole auquel je n’y voie aucun signe des flèches formant un triangle signifiant que le simple fait de le déposer dans le bac approprié fait de moi un héros environnemental.

J’en ressors avec rudesse et émotivité une poignée de douces friandises composées d’huile de palme, de tissus conjonctifs de porc, de sirop de glucose et d’éblouissante tartrazine provoquant le plus grand coït visuel de tous les temps. Le tout créé selon l’art de la chimie industrielle de l’ère moderne. Je porte à ma bouche ces jubilants calmants d’émotions refoulées à la même vitesse qu’un toboggan soutenant une famille hétéroclite du 21e siècle fauchant le Bonhomme lors des festivités du Carnaval de Québec.

Je m’empiffre tel un ignoble sarfe vivant seul au monde. Quand vais-je donc arrêter de manger ces délicieuses bouchées de bonheur temporaire fabriquées par des travailleurs assidus vérifiant avec amour la qualité de chacun de ses petits plaisirs faits à la chaîne mécaniquement dans un environnement aseptisé selon les normes sanitaires en vigueur.

Je continue pelletée après pelletée à m’engouffrer. Ça y est, j’ai mal au cœur. Je vous laisse, je vais me coucher.

Tous est dans la danse

Je danse comme un champion de bowling lorsque je voudrais être un champion de mini putt. Je suis brisé. Mon rêve n’est plus, ce rêve que je consomme dans mon crâne depuis plus de deux longues semaines remplies d’émotions virales dignes d’un téléthon bidon pour amasser des fonds afin de payer des célébrités qui se caressent le compte en banque en souriant de leurs plus belles dents taillées à la perfection par le chirurgien-dentiste du coin.

J’ai un rêve, celui de gagner un concours de danse amateur qui se déroule à la taverne du village. Je me vois déjà dans mon habit brodé de scintillantes paillettes dorées reflétant les lumières braquées sur mes mouvements les plus beaux les uns que les autres. J’ai déjà fait un coin dans mon salon pour y déposer le trophée que je vais gagner. Je vais pouvoir contempler jour après jour cette statuette qui sera l’aboutissement de la persévérance acharnée auquelle je travaille depuis plus de deux semaines.

Mais aujourd’hui, je suis brisé, car c’est Diane qui a remporté le prix, mon prix, toute ma vie en quelque sorte. Je regarde le coin de mon salon, mes yeux vides se braquent sur l’hôtel que j’avais préparé avec tant de douceur, de joie et d’espoir. En essuyant les larmes chaudes glissant sur mon visage et fessant partie de la quatrième étape du deuil, je me ressaisis. J’ai perdu cette bataille, mais je n’ai pas perdu la guerre. Oh, Diane, sache que je ne suis pas né de la dernière pluie.

Au prochain concours, je vais m’y prendre un bon trois semaines à l’avance.

 

Novembre

 

Je me réveille virulent d’émotions, géosynclinal, un grisonnant matin de novembre.

Enfin, le manque de luminosité diminue toutes espoirs de poursuivre la recherche du bonheur. Mélancolie au rendez-vous, je peux enfin faire jouer en boucle la douce et chaleureuse chanson « Only time » de Enya. Chanson fétiche des amoureux de la tristesse, de la déception et de la dépression passagère, je ne peux être plus heureux de revêtir mon masque d’âme tourmentée que je pourrai vautrer partout où je vais en appuyant le fait que la faute de mon sort appartient à ce maléfique mois de novembre.

Mes lèvres amoureuses l’une de l’autre fredonnent avec gaieté, amour et joie cette chanson, celle qui a fait couler des milliers de litres de chagrin durant le visionnement de la vidéo cassette du flamboyant film « Doux novembre ». En m’abreuvant de ma première gorgée d’un savoureux expresso recouvert d’une somptueuse « Bella crema », j’entrouvre les rideaux du salon. Par malheur, j’aperçois que mes voisins ont déjà commencé à décorer en l’honneur de la fête du petit Jésus. La puanteur du bonheur entre à tombereau ouvert dans mes yeux tel un train de banlieue s’accostant à la gare Centrale de Montréal.

Voyant qu’il est maintenant légal aux yeux des autres de commencer à festoyer la magie des fêtes, au diable la dépression ! Je m’empresse de ranger ma précieuse vidéo cassette que je finirai de regarder avec chagrin l’an prochain, puis j’accoure m’habiller pour fêter la venue des soldes du temps des fêtes.

Je suis rassuré, le sauveur est né.

Un petit vino « superiore »

  Je me réveille la tête sur le plancher d’ingénierie de couleur gris champignon au goût du jour. Je me rappelle pourquoi j’ai 36 ans et que je ne bois plus vraiment. Hier, en me catapultant à l’intérieur d’un point de vente de produits alcoolisés, j’ai vu le rêve, le rêve de récolter plus de 500 points bonis directement sur ma carte de fidélité. Comment obtenir ces faramineux points rendant jaloux un ou une fervent pratiquant du « couponing ». Simplement en fessaient l’achat d’un succulent Valpolicella Ripasso de qualité « superiore » 2014.

Je n’étais même pas encore arrivé à la file d’attente que je me voyais déjà le roi de la soirée où j’avais été invité pour célébrer le simple fait de célébrer. Embarquant fièrement dans l’autobus, je tiens à vous dire que je suis plus qu’un être écoénergétique, car grâce à moi seul, notre belle planète terre sera sauvée des griffes du démon capitaliste et industriel. Dans cette ère où, les multinationales arrachent avec vigueur et passion la précieuse âme de notre sphère bleue, même si je consomme autant que tous mes confrères et consœurs, bien je suis mieux … , car … l’humain… bla bla bla… Zzz Zzz Zzz.

Je me réveille sur le plancher d’ingénierie de couleur gris champignon au goût du jour. Je me rappel pourquoi j’ai 36 ans et que je ne bois plus vraiment. Je n’aurai pas dû engloutir d’un coup sec cette bouteille au goût « superiore » hier soir. Ce n’est pas grave, les gens oublient.

Recherche identitaire

  La jalousie de mon arrogance admire le potentiel de la joie des autres. C’est pour cette raison que je me terre dans ma peur, celle d’être enterré dans un cercueil de pauvre travailleur de la classe moyenne, ayant seulement les moyens de se payer une cérémonie d’enterrement prononcée par un prêtre Alzheimer, soul et TDHA non diagnostiqué.

Je le voie déjà prendre la parole, fier comme un coq dans son habit royal parsemé de tâches de doigts graisseux provenant du « brylcreem » apposé sur les quelques cheveux restants de son crâne reluisant de son ego inconditionnel. Ayons un moment de silence pour cette toge dûment conçue par Les Cercles de Fermières du Québec, qui n’ont rien avoir avec le désastre qui s’acharne sur moi présentement.

J’emporte donc la honte des désires non résolus de ma vie. Je me réjouis, car j’ai l’éternité pour me répéter en silence, confortablement assis seul dans le coin de l’au-delà que « j’aurais dont dû » et du même coup me dire : « Par chance que je ne l’ai pas fait, imagines ce que les autres auraient pensé de moi. ».

Demain, je vais à l’université

Je ne peux que me réjouir du 800$ que j’ai investi pour un cours universitaire ou j’apprends que le professeur possède un animal extraordinaire, unique et sensoriel. Vous l’avez sûrement sur le bout de vos lèvres, ces lèvres qui depuis votre tendre enfance se dépose avec parfois délicatesse ou plutôt, promptement sur une glace à la vanille fraîchement trempée dans le chocolat au lait de votre crèmerie favorite. C’est  effectivement de l’animal chat-chien dont je parle. Ce flamboyant félin qui écoute avec passion et loyauté toute les demandes les plus incroyables les unes que les autres. Le chat-chien est simplement la race supérieure, car elle existe seulement dans l’imaginaire de leur propriétaire.